France Rugby League


En 1995, Jacques Fouroux (ancien capitaine et entraîneur du XV de France, aujourd'hui disparu) lance une nouvelle compétition régionale conciliant rugby à XIII et show musical avec entrées gratuites appelée France Rugby League. Celle-ci se déroula durant l'été 95 et eut un très grand succès populaire et médiatique puisque la finale (qui a eu lieu à Carcassonne, mais qui devait normalement se jouer à Béziers) fut retransmise sur Canal plus dans l'émission l'Equipe du Dimanche. Cette compétition fut l'année d'après reconduite mais avec beaucoup moins de succès que la première édition du fait notamment de la participation du PSG RL à la SL.

Les 8 équipes régionales :

Avignon-Provence
Bordeaux-Aquitaine
Carcassonne-Aude
Lyon-Rhône-Alpes
Marseille-Méditerrannée
Paris-Ile-de-France
Catalogne-Perpignan-Roussillon
Toulouse-Midi-Pyrénées

Article de l'humanité paru - le 8 novembre 1994

Jacques Fouroux met la main sur le rugby à XIII avec musique et sponsors

En annonçant hier qu’il prenait la tête de « France Rugby League », à XIII, Jacques Fouroux, qui abandonne complètement le XV, souhaite copier le modèle britannique ou australien qui, à renfort d’argent, ont débauché nombre de quinzistes. Seize équipes régionales, associées à des sponsors, s’affronteront en France dès juillet 1995.

DERRIERE sa table et son micro, Jacques Fouroux est soudain surpris par une pointe d’émotion qu’il essaie de ne pas laisser paraître. Mais c’est déjà trop tard. Au moment d’évoquer lors de cette conférence de presse qu’il quitte le monde du rugby à XV (après ses démissions de tous ses mandats) en annonçant la création de France Rugby League à XIII dont il sera le président, l’ancien capitaine et sélectionneur du XV de France tente de faire croire qu’il a agi de gaieté de coeur en passant chez « l’ennemi ». Mais personne n’est dupe. « On peut être choqué par ce changement de vie, mais je suis un homme libre et j’ai décidé seul », assure-t-il comme pour convaincre son auditoire de sa bonne foi. Et il ajoute : « Je dis au revoir à ce que j’ai adoré, car le rugby mondial est à un grand virage. Deux mots clés reviennent à tout coup : spectaculaire et compréhensible par tous. L’un des deux, le XV, comporte 25 minutes de jeu effectif, l’autre 60 minutes… »

Toute l’argumentation de Jacques Fouroux tient en ces mots, pour le moins minimalistes. Parce que le XV - qui a fait sa gloire et sa notoriété - est devenu à ses yeux « incompréhensible » et « rigide », la solution serait donc de virer casaque et rouler pour le XIII. Mais pas n’importe comment, certes. En accédant à un poste de Monsieur Loyal d’un championnat professionnel de seize équipes, à l’américaine, avec une philosophie dite de « spectacle et de musique » ( !) et un concept de gratuité dans les stades qui demandera encore quelques explications quant à sa viabilité financière, le « petit Napoléon », quoi qu’il en dise, semble comme exilé sur l’île du désaveu. Après avoir incarné durant deux ans la fronde contre Bernard Lapasset, le président de la Fédération du XV, Jacques Fouroux, isolé et sentant le vent de l’échec certain, a préféré quitter le navire plutôt que de recevoir une sanction sous la forme d’une cuisante défaite, qui n’aurait pas été digne de l’ancien joueur-sélectionneur qu’il fut, évidemment. Mais son combat l’était-il pour autant ?

Le voilà donc à la tête d’une « League », dont le projet devra être affiné d’ici à juillet 1995, date de son lancement officiel. Ayant le soutien - réel - des puissantes fédérations britannique et australienne, et de l’International Rugby League Board représenté hier par son président Kenneth Arthurson, et l’appui - annoncé mais contraint et forcé - de la Fédération française du XIII, Jacques Fouroux a eu quasiment carte blanche pour affiner son concept et réaliser une OPA en bonne et due forme sur le XIII hexagonal. De façon pratique, la France Rugby League mettra au prise seize équipes représentants seize régions de France en portant - « à l’image des équipes cyclistes », comme le dit Fouroux - le nom de leur sponsor accolé à celui de la région. Pour des rencontres qui se voudront attractives puisque les matches se dérouleront en quarts-temps à la sauce-USA, avec des shows pour meubler genre chanteuses glamour la jupe à l’envers, et des équipes qui pourront utiliser à leur guise durant toute la durée du temps réglementaire dix-sept joueurs et non plus treize. Principe de la mobilité du basket (voilà une bonne idée).

Evoquant très succinctement le mode de financement de ces équipes des régions, Jacques Fouroux n’a pas utilisé de « faux-fuyants » comme il le dit, bien qu’il soit resté peu concret. « Aujourd’hui, affirme-t-il, les clubs sont des entreprises et sont de plain-pied dans le professionnalisme. Toutefois, pour l’instant, ce serait mentir de dire aux joueurs qu’ils pourront vivre du XIII. Dans quelques années, on verra… » Avec des fonds essentiellement privés (aucun nom pour l’instant), la « League », qui aura sans doute le statut de SAOS (société à objet sportif), entend également être propriétaire à hauteur de 51% des équipes régionales dont elle assurerait, selon Fouroux, la pérennité à moyen et à long terme. Mais, en s’inscrivant dans la durée, certains n’hésitent pas à franchir le rubicond et parlent, comme Jean-Paul Ferré, président de la Fédé de XIII, d’une future « compétition qui ressemblerait à celle du foot américain, avec des joueurs se préparant le restant de l’année pour cette échéance qui ne durerait que cinq mois, de mars à juillet, comme nous le feront dès 1996. »

En agissant de la sorte, Jacques Fouroux sait, aussi, qu’il a joué de provocation à l’adresse du XV et de Lapasset en particulier. Son charisme de bonimenteur et son ambition triomphante, qui l’ont mené du destin limité d’employé de mairie à Auch à la tête d’un portefeuille multicartes épais comme un jeu de trente-deux, ne sont pas en cause. Mais, hier, ses appels du pied répété envers les joueurs du XV ne sont pas passés inaperçus.

« Dans mon sport d’origine il y a des phénomènes qui feraient de belles choses chez nous et j’ai informé de mon projet beaucoup de ces joueurs, la porte est ouverte. » Voilà les mots. Qui ressemblent à s’y méprendre au marchandage de certains dirigeants treizistes britanniques ou australiens, à grand renfort de fric. Seul problème pour Fouroux : pour l’instant, dans notre pays, l’argent ne se déverse pas sur le rugby en général et encore moins pour le XIII qui est loin, par exemple, de gagner des marchés télévisés, « League » ou pas. Le nouveau chemin de Fouroux sera long. Surtout s’il essaie de nous démontrer qu’il a raison.

JEAN-EMMANUEL DUCOIN.

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